Mon enfant ne veut pas prêter : pourquoi le partage n'est pas inné (et ce n'est pas votre faute)
Dans les baskets de Gaston, 2 ans
"Il est 17h30. La lumière baisse doucement dans le salon et je suis bien, assis sur le tapis. Devant moi, il y a mon camion bleu. Il est à moi. Il sent bon le plastique chaud et ses roues font un bruit de moteur que j'adore. Quand je le tiens serré contre moi, je me sens fort, je me sens "moi".
Et là — une main tire dessus. C'est mon cousin, ou peut-être un copain de passage.
Maman s'approche, sa voix est douce mais elle dit ces mots qui me font peur : « Sois gentil, Gaston. Regarde, il a envie de jouer aussi. Prête ton camion. »
Mais maman, tu ne comprends pas ?
Prêter mon camion, pour mon petit cœur, c'est comme te donner mon bras. Je ne sais pas encore que l'objet revient. Je ne sais pas que Paul va me le rendre dans deux minutes. Pour moi, si le camion quitte mes mains, il n'existe plus, et une partie de moi disparaît avec lui.
Alors je crie. Je m'accroche de toutes mes forces. Je ne fais pas ça pour être méchant ou impoli. Je crie parce que j'ai l'impression qu'on m'arrache un morceau de mon corps, un morceau de ma sécurité.
J'ai peur de disparaître un peu si je lâche prise."
L'Éclairage de l'EJE : Le pourquoi du comment
Voir son enfant hurler au parc ou s'agripper à son seau comme s'il s'agissait d'un trésor sacré nous renvoie souvent à une immense peur sociale. On se surprend à penser : « Est-ce que je suis en train d'élever un petit égoïste ? Que vont penser les autres parents ? ».
Respirez, posez vos épaules.
La réponse est non. Ce que vous observez, ce n'est pas un manque de générosité, c'est de la biologie pure. Et ça change tout.
Le "Moi" et ses contours encore flous
Avant 3 ans, l'enfant est en pleine construction de lui-même. C'est la fameuse période du "Non !" et du "Moi tout seul !". Mais pour s'affirmer, encore faut-il savoir où l'on commence et où l'on s'arrête. À cet âge, la frontière entre "moi" et "ce qui m'appartient" est quasi inexistante. Pour Gaston, son camion est une extension de lui-même, au même titre que ses doigts. Lui demander de prêter, c'est lui demander de se séparer d'une partie de son identité. Rien de moins.